mardi 5 juillet 2011

It was all about love for a child

Bâtard. Enfoiré. Connard. Assassin. Truand. Criminel… Combien de mots différents est-ce que j'ai pu employé au cours de ces quatre dernières années pour désigner celui qui avait ruiné ma vie ? Des dizaines, des centaines peut être, et pourtant, ce soir le seul mot qui me vient à l'esprit n'est autre que : soulagement. Il n'est plus là, c'est terminé, pour de vrai, pour de bon. La fin d'un cauchemar éveillé qui durait depuis bientôt cinq ans. Cinq années, cinq longues année à n'être plus que l'ombre de celle que j'avais été il y a bien longtemps, enfin c'est ce que l'on a pu dire de moi, dans mon dos surtout, mais parfois en face à face pour ceux qui avaient le plus de cou…rage. 

Les restes de ce sang qui n'est pas le miens ont disparu, plus aucune traces, c'est vraiment une nouvelle vie qui commence ce soir. Certains passent leur vie à se lamenter, à attendre que cela se passe, que le monde bouge à leur place. Je ne suis pas de ces gens là, ça non, j'ai mis du temps je ne le nie pas, mais ce soir, c'est moi qui ai fait changer les choses. De manière radicale et définitive. C'est sur une table d'autopsie qu'il est allongé alors que je me couche dans mon lit, le sourire aux lèvres. Je suis flic, j'ai flingué un homme, je me sens bien. Libre. Ce soir, depuis plus de quatre ans, je vais dormir. 

Lorsque mes yeux s'ouvrent, je ne sais pas exactement ce qu'il m'arrive, je suis dans un état second. J'ai dormi, je ne sais pas combien de temps, si cela se compte en minutes ou peut être en heures. Matin, après-midi, soirée, nuit ? Je ne sais pas plus à quel moment de la journée je suis. Et puis je commence à reprendre conscience. Hier soir j'ai buté un homme.

Ce n'était pas un homme, c'était un monstre. Pas l'un de ceux dont je pouvais avoir peur lorsque je n'étais qu'une gamine. Le genre de monstre que l'on découvre une fois que l'on grandit, que le comprend que le monstre n'a pas besoin d'être d'une couleur spécifique, avec des piques sur le dos ou des griffes de quelques mètres de long. Le monstre peut se présenter sous la forme d'un homme, d'un bel homme qui vous en veut pour avoir fait votre devoir. Qui vous jure lors d'un procès de venger son frère et de vous pourrir la vie d'une manière que vous ne souhaiteriez pas à votre pire ennemi. Et puis le monstre se fait oublié quelques temps, on le sort de sa tête, on ne le voit plus alors il n'existe plus.

On grandit d'avantage, on fait sa vie, on construit sa famille, sa carrière. J'étais agent fédérale à vingt trois ans, épouse à vingt quatre et mère à vingt cinq. Heureuse de mener de front ces trois rôles pensant vivre une vie parfaite. La perfection n'existe pas, c'est au prix fort que je l'ai appris. Se faire rappeler en urgence alors que l'on se trouve sur une affaire à l'autre bout du pays, pour devoir aller identifier son mari et sa fille de cinq ans à la morgue, on découvre que notre vie n'avait de parfaite que la couche du dessus, celle qui s'écaille avec le temps sans que l'on s'en rende vraiment compte.

Cette nuit là il m'a arraché ma fille. Ma Princesse. Ma vie. Lui, dont j'avais fait envoyé le frère derrière les barreaux jusqu'à la fin de ses jours, était entré chez moi, était monté à l'étage, avait trouvé ma Mélinda jouant tranquillement dans sa chambre et l'avait achever. Deux plombs dans sa petite tête d'ange, une pour la tuer, la deuxième pour me faire encore plus de mal. Et puis il était reparti, rapidement. C'est là qu'Aaron avait du sortir de notre chambre, de sur notre lit sur lequel j'apprendrais plus tard qu'il sautait sa pouffiasse. Il savait qu'il aurait pu la protéger, et au lieu de vouloir la venger, de tout mettre en œuvre pour retrouver le monstre qui venait de nous voler notre ange, non lui il avait choisi de se mettre une balle dans la tête pour soulager sa peine. Il avait bien fait, c'est moi qui l'aurais flingué à mon retour sinon. Il était là, il était dans la chambre voisine, il n'avait pas bougé, il n'avait pas jouer son rôle de père et à cause de lui je perdais ma fille.

Je me retrouve assise dans mon lit, les yeux sans doutes rouges, puisque je pleure. Mais ce ne sont pas les mêmes larmes que d'habitude. Cette fois c'est le soulagement, la pression qui retombe et qui me quitte enfin. Machinalement j'attrape le téléphone et hésite un instant entre deux numéros, je compose celui que je connais par cœur. La voix enjouée de Hope me réponds, je ne dis rien d'autre qu'un vague "c'est moi" elle me dit avoir vu les infos ce matin et vouloir fêter ça, elle me demande de choisir entre Champagne ou Téquila, je penche pour le plus fort et lui demande quand elle peut être chez moi. Je raccroche et me recouche, juste quelques minutes. C'est la sonnerie du téléphone qui me tire d'un sommeil sans rêve, réparateur, la voix ensommeillée que je décroche.

"Allo ?"
"C'est moi, je suis devant ta porte tu fous quoi ?"
"Je suis dans mon lit …"
"Bordel Ella' tu bouges ton cul et tu viens m'ouvrir ! Maintenant !"

Je raccroche, et je quitte mon lit, enfilant rapidement un jean et un débardeur, je rejoint la porte d'entrée de mon appartement. Lorsque je l'ouvre, j'ai beau avoir les yeux encore ensommeillés je manque d'éclater de rire en voyant Hope dans l'une de ses tenues les plus … tape à l'œil. Je la laisse entrer et referme la porte derrière elle, lorsque je me retourne elle me montre les deux bouteilles de Téquila qu'elle pose sur la commode avant de me prendre dans ses bras et de me serrer contre elle.

"Rassure-moi, tu bossais et tu n'es pas rentrée ? Ou tu as décidé d'adopter le look tapineuse de bas étage ?"
"M'en parle pas … tu me laisse utiliser ta douche, après tu me raconte tout, je veux savoir comment t'as plombé Silvestri !"
"Tu sais où se trouve les serviettes, je vais aller préparer le sel et le citron."

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