Une promenade de santé ce job. Allongée sur des draps de satin, totalement froissés par les ébats que je viens de partager, je m'étire, féline, un large sourire sur les lèvres. Ho ce n'est pas cette partie de jambes en l'air qui me fait sourire, pas entièrement du moins. Un rapide coup d'œil à l'horloge m'indique que le spectacle est sur le point de commencer. A mes côtés, le mâle continue son petit rendez-vous avec Morphée. Trois. Un moteur dans l'allée de la maison. Deux. Des talons aiguilles sur le bitume. Un. Une porte qui claque, une autre qui s'ouvre. Action ! Des cris de colère. Des pleurs de désespoir. Des insultes que je ne répéterai pas pour ne pas vous donner des idées. Un couple qui s'engueule, qui se déchire, qui s'envoie excuses et arguments au visage sous les yeux amusés de votre dévouée détective. J'aime cette situation, ho bien sur j'en prends pour mon grade, mais réfléchissez deux minutes. Un bon paquet de fric, je séduis, je prends mon pieds, et lorsque les ennuis arrivent, je me casse. La porte claque une nouvelle fois, le moteur se fait entendre une nouvelle fois, et moi je souris toujours, toujours nue sur le satin lorsque mon amant du jour revient dans la chambre et se laisse tomber sur le lit.
"Je dois t'avouer que je me suis servi de toi …"
"Explique-moi ça …"
"C'était ma femme, ca fait un moment qu'elle me casse les couilles mais avec le fric qu'elle a, et le contrat de mariage qu'on avait signé, si moi je demandais le divorce je repartais sans rien. Là, c'est elle qui se casse, et je vais m'en mettre plein les poches ! Tu m'en veux ?"
Mon pauvre chéri, si tu savais ce qui t'attends. Pour un peu je lui dirais tout mais je préfère m'amuser un peu. Après m'être redressée, je viens m'allonger sur lui, j'aurais bien envie de remettre le couvert et vu ce que je sens contre mon bas ventre, il ne serait pas contre lui non plus. Mais je suis une professionnelle, le boulot est fait et même si il ne me reste plus que la touche finale à mettre pour que la cocue sorte définitivement du tableau j'en ai terminé avec lui. Je le laisse m'embrasser et me caresser durant encore quelques minutes avant de me dégager, de quitter le lit et de partir à la recherche de mes vêtements savamment éparpillés dans la villa.
"Qu'est ce que tu fais ?"
"Tu t'es servi de moi c'est ce que tu as dit, alors je vais pas rester avec toi, je crois que je vais faire comme ta femme et te laisser."
"T'es pas sérieuse ? C'était bien non ? et maintenant qu'elle demande le divorce, je suis libre ! autant qu'on en profite."
Je manque d'éclater de rire en finissant de m'habiller, enfilant mes pieds dans mes escarpins j'attrape mon sac avant de le regarder, depuis le seuil de la chambre. Pauvre abruti, je me demande vraiment ce qu'elle te trouve la petite Princesse de Velvet. Un connard de plus, je lui en toucherais peut être un mot à l'occasion, mais bon il est doué côté sexe c'est peut être ça qui la motive Barbie héritière.
"C'était pas mal en effet, mais mon truc c'est les hommes mariés, t'as plus grand intérêt à mes yeux."
"Salope!"
"T'inquiête pas, quelque chose me dit que des nanas bourrées de frics tu vas en trouver encore pas mal sur ta route …"
Une fois à l'extérieur, je grimpe dans ma voiture et démarre, j'ai une cliente à informer moi. Je roule depuis à peine cinq minutes que mon portable sonne, si c'est elle, qui râle que c'était trop long, elle va m'entendre. Mais la voix n'est pas celle de Barbie Princesse, non c'est une voix connue, un peu fatiguée et une intonation que je n'aime pas trop. Elle devrait sauter de joie et non pas avoir la gorge nouée lorsqu'elle parle. Pas aujourd'hui ! Un coup d'œil à l'heure qu'il est, une demie seconde de réflexion et je l'interromps.
"J'ai vu les infos ce matin, faut qu'on fête ça ! Laisse moi passer au bureau et faire un ou deux téléphone. Je suis chez toi dans deux petites heures. Champagne ou Téquila ?"




