J'ai beau savoir exactement où je vais, je marche lentement dans ce grand jardin. L'air est chaud, la légère brise qui fait chanter les feuilles est la bienvenue aujourd'hui. J'ai l'impression de ne pas avancer, comme si je ne voulais pas toucher au but de ma promenade. Avec un peu de chance, je me réveillerais et tout cela disparaitrait comme par enchantement, ne resterait que cette belle journée, sans aucun nuages d'aucune sorte pour la ternir. La gerbe de roses que je porte est pourtant bien là, je la serre et je sens les épines me piquer les doigts. Ce n'est pas un rêve, malheureusement. La vérité s'enfonce dans mon doigt et y fait perler une goutte de sang. Cette allée je la connais, si bien, trop bien même depuis plus de deux ans maintenant j'ai du m'y rendre au moins deux fois par mois, au minimum. Je touche au but, j'ai des centaines d'images qui défilent dans ma tête, des souvenirs, heureux, douloureux, tristes, amusants, inquiétants. Je fais les quelques pas qui me séparent de là où ils se trouvent. Je dépose les vingt deux roses blanches, ses préférées, sur le marbre noir et lustré. Vingt deux, puisqu'aujourd'hui elle aurait eu vingt deux ans. Josh n'est pas venu, je n'ai pas réussi à le joindre et je sais qu'il ne serait pas venu avec moi. Je sais très bien ce qu'il m'aurait dit. Il n'y a pas besoin d'aller au cimetière pour pensez à elle. Je sais qu'il a raison, et même si elle est désormais allongée aux côtés de nos parents, moi j'ai besoin de venir ici.
"Bon anniversaire ma chérie. Je sais c'est débile de parler toute seule face à une pierre tombale, je sais aussi que ça te ferait plaisir que je me ridiculise rien que pour toi, alors considère ça comme ton cadeau d'anniversaire…"
D'un geste rapide je chasse une larme qui roule sur ma joue. Il y a des jours où je ne peux m'empêcher de me demander si tout cela s'arrêtera un jour. Ce qu'il va encore me tomber dessus dans la série des catastrophes. J'en parfois à me demander si c'est moi qui porte à ce point malheur aux gens que j'aime, peut être que si moi je n'étais pas là rien ne serait arrivé, et si je disparaissais ? est-ce que le dernier membre de ma famille qu'il me reste serait enfin en paix ? Il s'en voudrait lui aussi, il s'en veut déjà pour tout le reste, il ne cesse de le répéter lorsqu'il est sous l'emprise de drogue, ce qui revient à dire la moitié du temps depuis quelques mois.
Le premier coup de téléphone, annonçant la mort de nos parents, l'explosion de l'avion, la fin de notre vie heureuse, la fin de notre famille comme nous la connaissions. Et puis ce nouveau coup de téléphone il y a six mois, pour me demander de venir reconnaître Cassie, ma petite sœur à la morgue. Une overdose. Et comme si ça ne suffisait pas il faut que Josh s'y adonne encore d'avantage malgré le fait que cette merde nous ait pris notre petite sœur. Je perds pieds, lorsque je suis au Scarlett, je suis la directrice, je me plonge dans le boulot, je ne pense à plus rien d'autre qu'à diriger l'hôtel, à faire en sorte que tout soit parfait, à chaque minute de chaque heure de chaque jour. Mais lorsque je me couche, je ne suis plus que Lilah, l'orpheline qui ne sait pas dans quel lit, avec quelle drogue mon frère s'endort.
"Je savais que tu serais là …"
La voix grave me fait sursauter, je pensais être seule, je pensais avoir un peu d'intimité et pouvoir laisser mes larmes faire leur chemin sur mon visage. Mais la voix ne me surprend que quelques dixièmes de secondes avant de m'apaiser. Je ne bouge pas, restant debout face à la tombe des mes parents et de ma petite sœur. Il se rapproche et ses mains se noue autours de ma taille, et me serrent. J'ai l'impression que mes jambes sont en coton et que cette fois si je tombe je ne me ferai pas mal. Mes yeux se ferment et je me relâche un peu. Sa tête se pose sur mon épaule, je sens son visage frôler le mien. Pendant un instant je ne suis plus au milieu du cimetière, je ne suis plus en deuil, je suis bien, je suis en sécurité, je ne risque plus rien et la vie est belle.
"Quelqu'un t'as vu ?"
"Je ne sais pas, et je m'en fous!"
"Tu sais très bien qu'il ne faut pas qu'on nous voit tous les deux, ce ne serait bon ni pour toi, ni pour moi. Il faut que tu partes…"
"Je ne veux pas te laisser seule, pas aujourd'hui."
Je ne veux pas qu'il me laisse seule moi non plus, mais je n'ai pas le choix, nous n'avons pas le choix. Je me retourne et lève mon visage vers le sien. Le contact de sa main sur mon visage lorsqu'il essuie mes larmes me fait frissonner, je n'ai qu'une envie, l'embrasser, rester dans ses bras, être avec lui pour me sentir bien et oublier tout le reste. Mais la raison l'emporte, une fois de plus, je me contente de poser mes lèvres furtivement sur les siennes avant de quitter son étreinte.
"Il faut que tu partes ! je veux pas que tu ais de problèmes !"
"Je m'en fous Lilah, je t'aime c'est tout !"
"Moi aussi je t'aime, tu le sais très bien. On se retrouve plus tard à la maison ? je ne veux pas rester seule ce soir, je veux juste vérifier que Josh aille bien et je t'y rejoints."
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire