samedi 28 mai 2011

Hope Carter

“Mary Ann et Richard Carter sont heureux de vous annoncer la naissance de Hope, née le …” Combien y en a-t-il de ces couples heureux comme personne sur le papier. Ces couples qui donnent aux pauvres célibataires qui rêvent de bonheur, une envie folle de se pendre ou de se faire sauter la cervelle ? Bien plus qu’on ne pense. Mais ce à quoi ces pauvres célibataires ne pensent pas c’est qu’une fois passé la porte fraîchement repeinte, la barrière blanche le long du jardin, les massifs de fleurs superbement entretenus, tout cela n’est plus que poudre aux yeux, tromperies et contes de fées pour montrer au monde que l’on vit le bonheur sur terre. Le couple Carter était, est et restera sans doute toujours l’un de ces couples. C’est dans ce climat, sain, plein d’amour et de sincérité que moi, Hope Carter je vais grandir. Une enfant merveilleuse oui ! la meilleure de sa classe vous savez ! et elle fait de plus en plus de progrès au piano, un vrai petit Mozart ! Ca c’est ce que ma mère disait quand elle rencontrait d’autres mères dans le quartier. Cette petite banlieue chic de Reno, Nevada. Dire que sa fille était d’une nullité suprême en mathématique, qu’elle savait manipuler son père comme elle le voulait, et qu’elle s’acharnait non pas sur un piano mais sur une batterie cachée dans la cave que son père avait isolée du mieux qu’il pouvait. Non, chut ! Ca ne se dit pas, pas dans les banlieues chics, que penseraient les voisins ?

La batterie. Combien de fois m'étais-je enfermée dans la cave, me défoulant sur cette batterie pour ne pas entendre les cris à peine étouffés de mes géniteurs qui se plaignaient de tous les maux du monde, mettant forcément la faute sur l’autre. Un million de fois, si ce n’est pas d’avantage. C’était pour moi un soulagement de partir le matin pour l’école, de manger avec mes amis le midi et de trainer un peu pour retarder l’heure à laquelle je franchirai le seuil de la maison pour retomber dans ce monde de fausseté, de mensonges et de tromperie. Mais en grandissant, on s’imprègne de l’environnement dans lequel on évolue. Les mensonges ont très vite commencé à envahir mon quotidien, envers mes amis surtout. Pas d’amis à la maison parce que les parents sont trop strictes, pas le temps à cause des leçons de piano, une visite des grands-parents, les devoirs. Des mensonges bien innocents… pour commencer, mais il faut bien se faire la main.

Reno. La petite sœur de Las Vegas. Ce n’est pas pour rien que ce nom là lui était donné et c’est bien ce qui me plaisait. Il m'était bien entendu défendu par mes parents de me promener au centre ville, seule alors que je n’avais que 15 ans. Mais est-ce que l’on obéi à ses parents au doigt et à l’œil quand on est une jeune adolescente ? Quand ces même parents se querellent pour un oui ou pour un non, qu’ils ne s’aiment plus depuis bien longtemps mais que pour aucune raison ils n’envisagent le divorce. Non voyons, vous n’y pensez pas, le divorce, mais que penseraient les voisins ! Alors, franchement, la ville, ses lumières, ses interdits, ses surprises et tout ce qui peut attirer l’œil ou l’attention d’une gamine de 15 ans. La ville n’est elle pas plus attirante qu’un pavillon de banlieue avec une pelouse tondue à la perfection et un système d’arrosage automatique qui se met en marche tous les soirs à la même heure, à la même minute ? 

Loin des parents, loin des cris, loin de cet univers de carton pâte qui devrait s’écrouler mais qui tient bon contre vents et marées. Pouvoir faire ce que je veux, être moi-même rien que quelques heures, dans cette ville, dans cette agitation me procurait le plus grand bonheur. C’est dans ces rues, en longeant les boutiques, en s’arrêtant boire un soda dans un fast food, en faisant du shopping là où de son vivant ma mère n'aurait jamais permit que je mette les pieds, c’est là que je découvrais la vie, la vraie. Et un de mes passe temps favoris va naître dans cette agitation. Qui dans cette fourmilière remarque une adolescente assise sur une terrasse de café qui observe tous les passants, les détaillent, leur invente des vies, des mensonges. Que se passe t’il chez cette vieille dame qui promène son chien une fois que la porte de son chez elle est fermée ? Et cet homme d’affaire qui semble si pressé ? Je notais tout dans ma tête, m’amusais à essayer de reconnaître les gens de jours en jours, pousse l’audace jusqu’à parler à certains en se mettant dans la même file dans une boutique, en se crêpant le chignon avec une jeune fille plus âgée que moi pour ce même pantalon dont je me fiche royalement. Trouver des excuses devient un hobby et mentir aussi naturel que de respirer, je suis tous les jour une autre, tous les jours un autre nom quand je me présente. Ce que la vie peut être amusante loin de la banlieue chic !

Les années passent est à 18 ans, je rentre chez moi, le sourire aux lèvres sachant que vais faire hurler mes parents en leur annonçant la nouvelle. J'avais raison. Ma mère me voyait déjà morte en service alors que mon père était mitigé entre la colère et la fierté. Je m'étais non seulement inscrite, mais j'avais passé et réussi les examens pour entrer à l’école de police. Pas un mot à mes parents sachant que pour eux, une femme ne devient pas flic, médecin ou pompier. Mais elle je n'en faisais qu’à ma tête et entrais à l’académie pour y suivre ma formation. Laissez-moi vous dire qu'on ne m'a pas fait de cadeau et j'ai appris à prendre sur moi les remarques et autres bizutages de la part de mes collègues masculins. Je ne supporte pas mes instructeurs et leurs rabaissements mais le temps de mes années de formation, je n'ai jamais rien dit, profitant de mes moments de libre pour me rendre comme à mon  habitude dans les cafés pour observer les gens, écouter et surprendre des conversations. Ma curiosité m’aide dans mon job, mes capacités de jugement et d’analyses se révèles la plupart du temps excellentes, sur plusieurs affaires durant mes années de formation c’est moi qui trouvais le petit détail auquel on ne pensait pas, le petit grain de sable qui fait que les histoires ne tiennent pas la route.

C’est un soir de libre que j'ai découvert qui était vraiment l’homme qui se glissait tous les jours dans le costume du père de famille modèle aux yeux du voisinage. Une soirée tranquille au cinéma assise dans le fond je vois passer mon père dans l’allée, il est accompagné mais ce n’est définitivement pas ma mère à son bras, ou alors la fortune qu’elle dépense en crème anti rides est sacrément efficace car la jeune brune qui l’accompagne ne doit pas avoir plus de 25 ans. Et à la manière dont il l’embrasse à pleine bouche, ce n’est ni une cousine éloignée, ni une collègue de bureau. J'aurais pu me lever, me manifester auprès de lui et faire un scandale. Mais je n’en fis rien. J'ai simplement attendu la fin du film pour suivre la jeune femme dans les toilettes, baratina une histoire à dormir debout, souriant à la jeune femme en lui disant qu’elle espérait pour elle que les morpions de l’homme avec qui elle était, n’étaient plus que de mauvais souvenirs. De la porte entrouverte des toilettes je jubilais lorsque je pu voir la jeune femme gifler mon père au milieu du hall et lui hurler de la laisser seule. C’est peut être de là qu’est venu ce goût pour semer la zizanie entre les couples … Cette nuit là je ne rentrai pas du tout, prenant du bon temps dans les bars, dans les bras de quelques hommes avant de rentrer chez moi au petit matin.

Je n’écoutais que moi-même désormais et lorsque, me prend la tête une fois de trop avec l’un de ses collègues, j'envoie tout en l’air et quitte la police après 3 ans de formation et 3 ans de service. A ce moment, j'ai alors près de 26 ans lorsque je décide d’allier mes connaissances, mon expérience et mon passe temps favoris. Etre payé pour espionner les gens, se faire du fric en s’immisçant dans leur vie, pourquoi n’y avais-je pas pensé avant. Avec quelques fonds propres, j'ouvre mon bureau de détective privé en plein centre de Reno. Les affaires ne font que commencer. Etant mon propre patron je n'accepte que les cas qui m'intéressent, fixe mes tarifs et commence à beaucoup m’amuser dans mon travail. En jouant aussi, après tout, après quelques verres dans un bar et une partie de jambes en l’air les langues se délient beaucoup plus facilement, ce qui me facilite la tâche pour obtenir des informations. Qui a dit que joindre l’utile à l’agréable était une mauvaise idée ? Et bien vraisemblablement celui-ci n’avait jamais du beaucoup s’amuser dans sa vie. 

Reno commençait à devenir rébarbatif aussi je décidai d’aller rendre visite à cette grande sœur démoniaque comme l’avaient toujours décrite mes parents. Las Vegas. Pour une jeune femme de mon talent, et aussi passionnée que je pouvais l'être, une jeune femme qui aime l’argent, je venais d’arriver au paradis. Un nouveau bureau, nouveau logement, nouveaux contrats, c’est à Vegas que mon activité parallèle vit le jour. Un matin, lorsqu'un homme, riche, très riche m’engagea pour vérifié si sa future épouse allait lui passer la corde au cou pour sa richesse intérieure ou pour l’intérieur de son compte en banque. Il était indéniable que l’argent entrait en jeu dans les sentiments de la dite fiancée. Mais sa douleur lorsqu’elle trouva son mari au lit avec une autre, à savoir : moi en ce cas précis, cette douleur était réelle. Mais ce n’était pas mon problème, j'avais fourni les preuves et m’était accordé du bon temps avec mon client une fois le contrat fini. Ce que j'avais par mégarde oublié de mentionner à mon client, était que sa petite amie avait jour marché sur mes plates bandes et s'était tapé mon mec, alors lui faire la même chose des années plus tard avait été un réel plaisir. 

Brisez des couples bien assortis ou des couples que la vie menait tout droit à l’échec commença à m’amuser, repérant les femmes volages et couchant avec leur époux. Il m'était également arrivé la situation inverse, une femme me demandant que son mari nous surprenne toutes les deux pour le rendre jaloux. Cette histoire là s’était terminée par quelque chose de bien différent d’une dispute … mais ceci est une autre histoire. Certains de mes contrats m’amenèrent à me rendre loin de Vegas et c’est en honorant un contrat que j'arrivai à Velvet Valley. Je ne sais pas pourquoi mais quelque chose me dis que par là, je ne suis pas prête de mettre la clé sous la porte !


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