Un léger mouvement de tête au dernier moment et ses lèvres se posent sur ma joue et non sur mes lèvres comme il l'aurait souhaité. Un sourire et il sort dans le couloir alors que je referme la porte derrière lui. Je n'embrasse jamais, c'est une règle, sans doute pas pratiquée par toutes les filles d'ici mais je n'en suis pas une. Je suis une fille, cela n'est pas la question mais je suis de la vieille école, je n'embrasse pas mes clients, sauf quelques réguliers mais ils sont rares.
Je suis une prostituée oui, et alors ? Limiter sa vision d'une personne à sa profession est d'un réducteur à mes yeux. Cela fait pas mal de temps que j'exerce au Manoir Coldheart, tout cela grâce à mon ancien mac qui avait trop peur pour moi à Saint Petersbourg. J'ai donc troqué le froid de ma Russie natale contre la chaleur californienne de Velvet il y a deux ans, mais ma valise est toujours prête, on ne sait jamais, je dois rester sur mes gardes à tous moment, bien que j'ai la protection de ma patronne.
Une fois la porte verrouillée, je commence à faire le ménage, le même petit rituel. Défaire le lit, retirer les draps que je jette dans le coffre à linge au coin de ma chambre, rapidement le peignoir de satin que je porte, rejoint les draps. Quelques pas dans la pièce et j'ouvre grand la fenêtre afin d'évacuer les diverses odeurs accumulée durant les deux dernières heures. Dans le feu de l'action on n'y prend pas garde, mais je vous défie de rester dans une pièce, fenêtre fermée lorsque le mélange, d'encens, d'herbe, de sueur et de plaisir ont refroidi. Le contact de mes pieds nus sur le carrelage froid de la salle de bain me fait du bien. Lorsque je referme la porte, je suis chez moi, vraiment. J'ai insisté un peu mais Nikita a accepté que je repeigne et redécore ma chambre et ma salle de bain privée comme je le voulais. La salle d'eau est entièrement peinte en noire à l'exception du carrelage blanc. C'est simple mais j'avais besoin de me sentir chez moi, et c'est comme ça qu'était ma salle de bain en Russie.
L'eau chaude coule sur moi une bonne dizaine de minutes encore après que je me sois lavée entièrement. C'est dans ses moments là que je me vide l'esprit, ou comme en ce moment que je réfléchis à tout ce qui fait ma vie aujourd'hui. J'aurais trente et un an dans une semaine, je suis en cavale, loin de chez moi, je suis une prostituée qui ramène un paquet de fric à sa patronne, je sers de dealeur pour elle pour quelques uns de ses clients, et je viens juste d'apprendre qu'il est sur le point de me retrouver. Je ne le connais pas et pourtant je lui dois ma vie, et la mort de ma mère.
Vous connaissez beaucoup de pères qui tuent leur épouse et traquent sur les cinq continents, la fille dont ils ignoraient l'existence ? J'imagine bien les retrouvailles avec mon géniteur, entre course poursuite et bruits de flingues, ça a au moins le mérite d'être original avouons le. Comment nous en sommes arrivés là ? Je pourrais vous dire que c'est une histoire banale, mais ce serait mentir. Imaginez le tout début des années septante t à Moscou, une belle journaliste rencontre un marchand d'art, s'aiment profondément, se marient, vive une belle idylle durant un peu plus de dix ans … Ca laisse rêveur. Tout cela n'était que façade…enfin façade durant neuf ans. C'est après que cela a mal tourné. Lorsque ma mère, agent dormant du KGB a appris par son agence qu'elle était mariée à un agent dormant de la CIA. A cette époque elle était enceinte, mais se garda bien de le lui dire, elle se sépara de lui quelques mois, assez pour mener sa grossesse à terme et me confier à sa mère à Saint Petersbourg. J'ai du la voir une dizaine de fois dans mon enfance, j'ai longtemps pensé qu'elle ne m'aimait pas, si j'avais su que c'était pour la raison inverse qu'elle se tenait loin de moi … En bon agent fédéral, il est évident que mon père avait découvert le pot aux roses à un détail près, il n'a découvert mon existence il y a quatre ans seulement. La question est, quand est-ce que moi, j'ai tout découvert ? J'avais seize ans quand ma grand-mère est morte, elle m'a tout raconté avant de partir, qui j'étais, qui était ma mère, qui était mon père, comme il l'avait tuée et il fallait que je fasse attention à moi pour ne pas qu'il me retrouve s'il apprenait mon existence. C'est ce que j'ai fais … plus ou moins …
Je prends le temps de me sécher, d'enduire mon corps de lait pour le corps avant de retourner dans ma chambre. Je referme la fenêtre, attrape des draps propres dans le placard et refait mon lit. Devant mon armoire je passe quelques minutes à choisir des sous-vêtements de dentelle blanche lorsque trois coups contre ma porte m'interrompent. C'est elle, ma patronne, qui me tends un sachet de fine poudre blanche en m'indiquant que son clients a un besoin urgent mais pas l'occasion de passer chercher sa commande au Manoir, la voiture m'attend en bas. J'enfile une robe noire, une paire de talons haut et une veste de tailleur blanche avant de glisser le sachet dans mon sac et de quitter ma chambre. Viktor m'attends devant la voiture un sourire aux lèvres.
"Alors Mina, prête pour une balade ?"
"Balade imprévue oui, c'est qui le client ?"
"Si je te dis Scarlett Hotel tu me réponds quoi ?"
"Whaou, j'ai le choix, mais vu que Nikita m'y envoie je dirais ... le fils Stanford ?"
"Balade imprévue oui, c'est qui le client ?"
"Si je te dis Scarlett Hotel tu me réponds quoi ?"
"Whaou, j'ai le choix, mais vu que Nikita m'y envoie je dirais ... le fils Stanford ?"


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