Une fois la porte de l'appartement fermée je m'y adosse, me laissant glisser jusqu'au sol sans prendre la peine d'allumer la lumière. Je reste là, dans un état second durant près d'une demi-heure, peut-être plus, la notion du temps m'est totalement étrangère ce soir. Lorsque je me relève, absente, je me dirige vers la salle de bain mes vêtements jonchant le sol j'entre sous la douche chaude. L'eau a ce pouvoir apaisant, salvateur qui me débarrasse des traces d'hémoglobine qui parsème encore mon visage. Se teintant de rouge durant quelques longues secondes les dernières traces de ma vengeance s'en vont en tournoyant dans le siphon, rejoignant les canalisations, sortant définitivement de ma vie. Pour de bon. Il est là, bien là. Moins de deux mètres nous séparent, je n'ai jamais été si proche de lui, si proche du but. Mon arme de service braqué sur lui, il me défie une fois de plus. Je sais ce qu'il pense, je sais qu'il imagine que rien ne pourra l'arrêter, que je n'aurai pas le cran de faire de lui ma bavure sur des états de services irréprochables. Et pourtant, s'il savait …
"Alors Walkers, on se dégonfle ? Je sais que jamais tu oseras me flinguer, tu tiens trop à ton job pour me tuer de sang froid"
"Si tu penses que je vais attendre que tu m'échappe une fois encore tu te plante Silvestri !"
"Vas y, appuie sur la gâchette dans ce cas … tu vois t'en es incapable, comme tu as été incapable de concilier ta vie de flic et de famille…"
"Je t'interdis de parler d'elle !"
"Tu parles d'une vie de merde … bonne flic peut être mais entre un époux qui s'envoie en l'air pendant que je crevais ta gamine, tu avoueras que ça craint un peu …"
"Fais moi plaisir, passe le bonjour à ton frère !"
"Ouais c'est …"
Une bonne quarantaine de minutes se sont écoulées quand je rejoint la cuisine, habillée d'un peignoir, mes cheveux encore humides tombant sur mes épaules. J'attrape un verre dans l'un des placards j'y verse une grande rasade de vodka. Mes pas me guident vers le séjour et je m'y arrêtes quelques instants, posant mon regarde sur le portrait souriant de ma petite princesse. Du bout des doigts je caresse son visage par-dessus la fine paroi de verre.
"Cette fois c'est fini ma chérie, Maman s'est débarrassé du monstre, pour toujours."
Le voyant rouge du répondeur clignote et j'ai déjà une vague idée de celui qui a laissé un message alors que j'étais sous la douche. Je sais ce qu'il va dire, je sais qu'il va s'énerver mais ce soir je suis prête à tout entendre. C'est terminé, plus de cinq ans de traque, de Los Angeles à Velvet Valley en passant par San Francisco, et enfin je l'ai eu, je suis prête à en assumer les conséquences aussi importantes soient-elles. J'appuie sur le bouton de lecture de l'appareil et laisse la voix de Danny vociférer dans mon salon.
"Bordel Ella' t'es complètement malade ! Je sais que tu vas me dire que t'avais raison, je sais que c'est vrai mais on en a causer des milliards de fois ! L'attraper, l'arrêter, le coffrer, et le faire passer la fin de sa vie en taule ! Mais non, à la place Madame a choisi de se retrouver seule face à lui, sans avertir ses collègue ou son coéquipier, et lui a vider son chargeur dans le torse, devant témoins. Ella' franchement ! Qu'est ce qui t'as pris ? Rappel moi, quand t'auras eu mon message."
La dernière phrase traduisait autant son agacement que son inquiétude, je sais qu'il ne peux pas comprendre mon geste, je sais qu'il va me faire la morale pendant un sacré moment pour avoir agit de la sorte, mais je m'en fiche. J'ai mis un terme à la vie de cette ordure, ma princesse peut enfin reposer en paix, et moi je vais pouvoir dormir sereinement pour la première fois depuis cinq ans.



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